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Religion
Baha'ie
Introduction du livre

Les sept vallées

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Sommaire du livre
Introduction

Sommaire du livre
  1. Les sept vallées
  2. La vallée de la recherche
  3. La vallée de l'amour
  4. La vallée de la connaissance
  5. La vallée de l'unité
  6. La vallée de la félicité
  7. La vallée de l'émerveillement
  8. La vallée de la vraie pauvreté et de l'anéantissement absolu
  9. Les cinq lettres
  10. Les quatre vallées
  11. La première vallée
  12. La seconde vallée
  13. La troisième vallée
  14. La quatrième vallée

Introduction

"Oeuvre suprême dans le genre de la composition mystique..." ainsi pourrait-on qualifier "Les Sept Vallées de Bahá'u'lláh". Cette dissertation d'une grande profondeur répondait aux questions posées à l'auteur par le Shaykh Muhyi'd-Din, juge de la ville de Khaniqin, au Nord-Est de Baghdad, près de la frontière perse.

Ce juge était notoirement connu comme adepte de la philosophie Sufi. C'était une sorte de mysticisme née en Iran il y a douze siècles et venant d'un mouvement intérieur à l'Islam. L'objectif des Sufis était l'accès auprès de Dieu par la prière, la méditation, la contemplation et l'extase. Pour définir les étapes de ce progrès spirituel une terminologie spéciale s'élabora et certains Sufis adoptèrent la doctrine de la possibilité de l'approche directe de Dieu, sans l'aide de Muhammad ni d'aucun autre Prophète. Logiquement cette conception posait en principe que les membres de cette secte pouvaient se soustraire aux lois religieuses et que pour eux, sinon pour tous, la conscience pouvait être un guide sûr. Cette théorie fut combattue par tes plus grands mystiques persans, Jalalu'd -Din Rumi et al-Ghazzali, qui affirmaient que, sans l'obéissance aux lois de Dieu révélées par ses messagers, l'homme ne pouvait atteindre à la présence divine.

Quant au juge Shaykh Muhyi'd-Din, il devait vraisemblablement connaître les écrits du Sufi persan du Xlle siècle, Farfd'd-Dfn 'Attar, qui portait un nom approprié car il avait été parfumeur avant de devenir philosophe. Le plus estimé de ses ouvrages fut le Mantiqu't-Tayr, ou Le Langage des Oiseaux. Il y trace le voyage de l'esprit à travers sept vallées, celles de la recherche, de l'amour, de la connaissance, du détachement, de l'unité, de la perplexité et de l'anéantissement.

Bahá'u'lláh, dans ses Sept Vallées en persan, adopte un canevas semblable bien que non identique; il y décrit les sept étapes du progrès de l'âme vers l'objet de son être. C'est après son retour à Baghdad, marquant la fin de son séjour dans les montagnes de Sulaymaniyyih que Bahá'u'lláh écrivit cette oeuvre fondée sur les vérités intrinsèques de la religion affranchies du temps et de l'espace.

Les réalités spirituelles, y enseigne-t-Il, sont communes à toutes les religions et constituent la base même de la foi: "C'est l'immuable foi de Dieu, éternelle dans le passé, éternelle dans l'avenir."

Se démarquant nettement de l'éthique des anciennes civilisations et des systèmes religieux du passé, les enseignements sociaux de la foi baha'ie sont à l'exacte mesure de l'esprit du XXe siècle et des générations à venir.

Pourtant, les Sept Vallées débattent d'un royaume qui n'est pas de ce monde, et pour l'essentiel, ne diffèrent pas du Sermon sur la Montagne, ou de la description, par Muhammad, de Dieu le Miséricordieux, le Compatissant.

Les Sept Vallées affirment que le moyen d'atteindre à la présence de Dieu est de prêter l'oreille au message de la Manifestation du jour. Un être ordinaire, voire extraordinaire, ne peut espérer devenir un Christ; aucun homme, même y réfléchirait-il sans fin, ne peut ajouter un pouce à sa taille, pas plus qu'un chardon ne peut porter des figues.

Il n'est personne qui puisse prétendre être identique à l'Essence divine, et cela parce que personne ne possède l'infini de la puissance, de la connaissance et de la bonté. Mais tout homme, quelque modeste que soit son origine, peut acquérir les attributs divins grâce à sa soumission aux lois de Dieu et à la méditation de la Parole de Dieu révélée par les grands prophètes.

L'homme qui a atteint le but de la recherche mystique, c'est-à-dire la présence de Dieu, est celui qui a reconnu la Manifestation de Dieu pour son époque, et qui, par l'observance de ses instructions, s'est revêtu des qualités célestes lui permettant l'approche de l'Aimé. Un tel homme ne se proclamera jamais semblable à Dieu, mais ses actes parleront en sa faveur.

On raconte l'histoire d'un persan qui s'était fait accompagner de son fils à une grande réunion de prières tenue dans un charmant jardin. Après une heure passée en oraisons chantées, l'enfant regardant autour de lui, vit que plusieurs fidèles sombraient, non dans l'extase, mais dans l'assoupissement. Se tournant alors vers son père, il demanda: "Ne sommes-nous pas meilleurs que tous ces gens qui dorment au lieu de prier?"Tu aurais pu, lui répondit le père, être meilleur si tu ne m'avais pas posé cette question."

Dans la Vallée de l'Unité, les vers de Rumi à propos de Khidr évoquent une histoire du Qur'an (Sourate 18:70) au sujet du messager divin que Moise accompagne en quête de marche à suivre. Tous deux prennent place dans un bateau que le messager se met en devoir de saborder; ce qui ne manque pas d'étonner Moise: "Comment, lui dit-il, tu le défonces afin de noyer son équipage... ?" Plus tard, le messager expliquera que l'embarcation appartenait à de pauvres gens qui peinaient durement sur la mer, et: "si j'eus l'idée de l'endommager, c'est parce qu'à l'arrière, ils étaient guettés par un roi qui confisquait tout navire par force". Deux leçons sont à tirer de cet incident: C'est d'abord que la créature ne doit pas peser en sa balance imparfaite les actes de son créateur; ensuite qu'une calamité venue du ciel peut être providentielle et miséricordieuse.

Dans la Vallée de l'Emerveillement figure une citation de Sana'f sur l'impuissance de la seule raison à comprendre la Parole de Dieu. Le poète demande si l'araignée peut prendre dans sa toile un Phenix. On sait que cet oiseau mythique, à qui la légende prête une durée de vie de mille ans, figure en bonne place dans la théologie de plusieurs peuples. Ce volatile était, dit-on, solitaire et possédait en guise de bec une flûte à cent trous dont chacun rendait un certain ton mystique. A l'approche de sa mort, le Phenix préparait son bûcher funéraire et l'attisait de ses plumes en modulant son chant tragique. Lorsque, parmi les braises, ne brillait plus qu'une pâle étincelle, un nouveau Phénix s'élevait miraculeusement de ses cendres. Répondant à une question, le Gardien de la foi baha'ie a expliqué que le Phénix "n'évoquait pas la Manifestation, mais offrait un moyen poétique d'imaginer quelque chose d'immortel ou de renaissant de sa propre destruction..."

Bien que le contenu des Sept Vallées puisse paraître ésotérique et quelque peu en marge de la vie quotidienne et du monde tangible, il peut mener cependant à une large application sur le plan pratique. Son idée directrice est que celui qui est vraiment "intoxiqué de Dieu" fera, par son comportement spontané, la démonstration de sa dévotion à la justice, à la vérité, à l'intégrité, à la miséricorde, et aux autres saints caractères enseignés par la Manifestation du Bien-aimé.

Trop souvent la société n'eut-elle pas à pâtir de personnages apparemment pieux - piliers d'églises et autres fleurons de communautés - qui, convaincus d'être "sauvés" s'autorisaient à méconnaître impunément les bases élémentaires de la décence. Leur critère à double face leur permettait de prescrire pour eux-mêmes des règles différentes de celles réservées au "commun". Ce sont les tenants de cet égocentrisme qui restaient de glace devant les enseignements des prophètes rénovateurs.

Jésus se souciait peu de sauver "les justes" fussent-ils scribes ou pharisiens; ses bénédictions allaient, non à ceux qui regardaient leur salut comme acquis mais aux pécheurs, à tout instant assoiffés de droiture.

Le vrai mysticisme ne peut servir de refuge aux scélérats, ni de havre aux égoïstes, ni de sanctuaire à celui qui élude sa responsabilité sociale. A travers les Sept Vallées est tracée la grande voie élue menant à la connaissance de Dieu et au service de l'homme.

Les Quatre Vallées, épître écrite à Baghdad à la suite des Sept Vallées, s'adressaient au lettré Shaykh 'Abdu'r-Rahman, de Karkuk, ville du Kurdistan Iraqien. Elles montrent les quatre voies par où l'Invisible peut être vu, signalent les quatre stades du coeur humain, et désignent les quatre sortes de voyageurs mystiques cherchant leur Désiré, celui qui est digne de louange, l'Attirant, le Bien-aimé. Ce verset du Qur'an (57:3) illustre ces quatre états: "11 est le premier et le dernier, le visible et le caché, et 11 a connaissance de toutes choses."

Robert L. Gulick Jr
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